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Les Freres Guérini ! ! !

PARTIE I : LES DÉBUTS



De jeunes Corses

Les frères Guérini sont originaires de Calenzana, en Corse. Leur père Félix, bûcheron, a du mal à faire vivre sa famille : six garçons (Antoine, Barthélémy, François, Pascal, Pierre et Lucien) et deux filles (Toussainte et Restitude). Les deux frères qui gagneront les hautes places du milieu sont Antoine, né en 1902, et Barthélémy dit Mémé, né en 1908.

Le premier à partir est Mémé, en 1922. Il s'embarque pour Bordeaux où il enchaîne les petits boulots et apprend le français. Assez vite, il rencontre Titi Colonna, ami de son père et figure du milieu bordelais. Celui-là lui présente des confrères ainsi qu'Ange Pietri Jeune Corse du milieu bordelais .
En 1923, c'est Antoine qui débarque sur le continent pour y effectuer son service militaire et part s'installer à Nice en 1924. Là, Jacques Costa le prend en main et lui trouve une place comme serveur dans un bar du milieu où il fait des connaissances. Assez vite, âgé de 16 ans, Mémé le rejoint et sa femme Léonie commence à tapiner. Antoine, sur les conseils de Colonna, se met lui aussi à maquer une fille, qu'il fait travailler à Marseille, tout comme son frère. En parallèle, Antoine travaille comme gros bras dans le quartier du Panier pour le compte du partie socialiste.



La Machine est lancée

Antoine s'adjoint une seconde fille et en possède une bonne dizaine en 1928. Cette année-là, il achète le bar des Colonnies et s'associe avec son frère Mémé. L'association durera 40 ans mais les deux frères ne se comprendront jamais. Antoine se démarque des gangsters marseillais par son mutisme et sa froideur. Il est connu pour être droit et pour avoir une bonne mentalité, tout en étant capable d'être extrèmement violent dans certaines circonstances. De plus, le fait qu'il est écarté certains proxénètes arabes gênants de Marseille le font apprécier. Si Mémé est moins remarqué que son aîné, il reste néanmoins encore plus déterminé que lui, voulant s'éloigner le plus possible de la misère dans laquelle il a vécu son enfance, et n'ayant peur de rien.

Prometteurs, les Guérini ne peuvent asseoir leur pouvoir sans l'assentiment des parrains de Marseille, Paul Carbone et François Spirito. Ils les autorisent à aligner les filles en échange de quelques coups de main. Comme en juin 1929, quand ils doivent racketter un niçois pour le compte des parrains. C'est un ami du racketté, Carlo, qui leur a indiqué le coup. Il sera abattu le mois suivant. La même année, Antoine hérite d'une maison de rendez-vous. Son ancienne propriétaire en a fait Antoine héritier. La rumeur court qu'Antoine aurait obtenu cet héritage en échange de l'assassinat d'un ex-amant encombrant.

À partir de 1930, les Guérini se mettent à fournir des hommes au parti socialiste, pour assurer la bonne marche de la campagne (et gêner celle des autres, à l'occasion). De l'autre côté, la droite se fournit chez Carbone et Spirito. En général, il n'y a pas trop de problèmes, les deux équipes s'étant mis d'accord pour limiter les dégâts. Pourtant, aux élections de 1935, une fusillade éclate à la sortie d'une réunion électorale. Des hommes de Carbone et Spirito se mettent à tirer sur Antoine et ses accolytes, peu armés. Ces derniers fuient donc, mais les autres les poursuivent. Le combat se poursuit dans un zoo. La seule victime de la soirée est un potamochère de Madagascar.

Au printemps 1936, les frères achètent le bar de l'Étoile, et en font un établissement de luxe avec cercle de jeux en sous-sol. Pour l'innauguration, tout le gratin de la police, de la politique et des affaires est là. Les autres frères et soeurs Guérini débarquent à Marseille pour s'occuper des établissements des deux aînés. En 1937, deux nouveaux bordels deviennent la propriété des frères Guérini, puis ils héritent d'un ami propriétaire de maisons closes à Salon-de-Provence et à Marseille. Peu après, les Guérini achètent un bordel à Toulouse et deux à Alger. Les deux compères Carbone et Spirito restent les parrains de la ville, mais il faut désormais compter avec les Guérini en ce qui concerne la prostitution. À la veille de la guerre, ils sont déjà à la tête d'un petit empire. PARTIE II : L'EMPIRE GUÉRINI










Pendant la Guerre

Sous l'occupation, les Guérini optent pour la Résistance. Antoine Guérini accueille des clandestins dans son bar tandis que son frère Pascal organise une filière pour les faire fuire vers la Corse ou l'Afrique du Nord. Elle sera démentelée en 1943.

Mémé Guérini, lui, est plus engagé. Il participe directement aux combats de la Résistance. Son courage et son patriotisme lui permettront de faire partie des dirigeants du réseau clandestin "Joseph le Fou", branche du réseau "Brutus". Un jour, apprenant qu'un traître a balancé une cache de résistants, causant ainsi la mort d'une trentaine de combattants, il décide de se charger de l'affaire. Le traître sera décapité, à vif, par Mémé. Il aura l'occasion de s'illustrer de nombreuses autres fois dans la Résistance, comme la fois où il attaqua avec quelques hommes un camion de transfert chargé d'emmener une jeune juive de douze ans vers un train de déportation.

Au printemps 1942, les frères Guérini réunissent une partie des caïds et des chefs résistants de la ville afin de trouver des moyens de faire fuire l'occupant nazi de certains quartiers de Marseille où il est gênant. Au total, se seront près de trois cents durs qui prendront le maquis. Du 8 mai à la fin juillet 1942, quarante-huit attentats frapperont les forces d'Occupation. Celles-ci plient d'abord, puis passent à l'action en février 1943 : du 1er au 17, tout le quartier du Vieux-Port est détruit, se transformant en un gigantesque amas de ruines.

À l'inverse de son frère, Antoine s'intéresse plus aux affaires qu'à la résistance. Durant la période 39-45, il participe à plusieurs trafics et autres escroqueries. À l'occasion, il vient en aide à son frère. Régulièrement, des juifs et des résistants sont cachés dans les caves de ses établissements. De leur côté, Carbone et Spirito continuent de diriger la ville, virants dans la collaboration. Les deux clans observent un statu quo pour éviter les affrontements.

Le 16 décembre 1943, Paul Carbone meurt dans un accident de voiture, fauché par un train ; et à la Libération, François Spirito s'enfuit à l'étranger pour ne pas subire l'épuration. Les Guérini ont le champs libre.


L'accession au Pouvoir

À la Libération, plus personne n'est là pour gêner les Guérini. Ceux-ci se mettent à racheter les établissements abandonnés par Spirito et par d'autres truands collabos qui ont fuit. Leurs liens avec la politique et leur puissance militaire et financière ont facilité la tâche. Bars, boîtes, cabarets et hôtels de Paris ou Marseille tombent dans leur escarcelle. Une bonne quinzaine d'établissements hauts en couleur y passent. Puis en 1945, le comissaire Blémant, un policier véreux, propose une association à Antoine : il lui fournit les dossiers d'anciens collabos et Antoine s'en sert pour faire pression sur des tenanciers. Bien sûr, Antoine accepte, et grâce à cela, tous les plus beaux établissements de la région tombent dans les mains des Guérini, ainsi que la plupart des maisons de la prostitution du quartier de l'Opéra, zone entièrement vouée au proxénétisme.


L'Esprit du Clan

Antoine est le vrai caïd du clan, c'est lui qui le dirige réelement et qui gère les affaires. Grand, fin, peu bavard et froid, il est redouté pour ses crises de colère subites et dans lesquelles il devient incontrôlable.
Mémé, quand à lui, est très apprécié dans le milieu. Sa générosité et sa bonne mentalité plaisent à tous, ce qui n'empêche pas qu'il soit lui aussi craint malgré son penchant pour la diplomatie. Régulièrement, des truands viennent le voir pour lui demander un service ou un conseil. Le clan a toujours gardé son esprit corse, punissant les traîtres et agissant toujours dans les règles du Milieu. Leur loyauté et leur solidarité leur ont permis de développer leurs connexions et d'aggrandire le cercle de leurs fidèles. Souvent, les personnes importantes du clan (liens de sang ou d'amitié) se réunissent pour débattre de décisions importantes, dans la plus pure tradition corse.


La Politique

C'est en 1947 que les Guérini sont complètement envoyés au sommet. Pendant la résistance, ils ont renforcé leurs liens avec la politique, notamment avec le résistant Gaston Deferre. Et cette année 1947, en Octobre, il est élu maire de Marseille. Les Guérini bénéficient ainsi d'une impunité des plus utiles. Avant les socialistes, c'était les communistes qui étaient au pouvoir. De violentes grèves se mettent à éclatées dans le secteur des transports publics et chez les dockers.

Le 12 Novembre, une manifestation anime la journée. L'après-midi, elle se prolonge, et des hommes de mains fournit par les Guérini sont chargés de tabasser les communistes. En réponse, une foule en colère vient se masser devant l'hôtel de ville. Puis un groupe de militants prend le chemin du quartier de l'Opéra et de ses bars à tapin, bien décidé d'en finnir avec les Guérini, ces truands qui vivent sur le dos de l'honnête travailleur. Des établissements sont saccagés. Des coups de feu sont tirés depuis un bar. Vincent Voulant s'écroule, touché à mort. Ce serait Antoine et Mémé Guérini qui auraient fait feu, épaulés par Antoine Sinibaldi, un ancien collabo. Le 10 décembre, après quelques rétractations forcées, les Guérini sont blanchis du meurtre de Voulant.


Quelques Affaires sanglantes

Vincent Voulant n'est pas le seul à tomber sous les balles des Guérini. D'autres aussi ont goûté de leur justice. Parmis ceux-ci : René Jean. En 1945, alors que Mémé et Antoine sont montés à Paris, leur ami Toussaint Leca est descendu par René, pour une réflexion qui lui a déplu. René Jean est retrouvé mort dix jours plus tard.
En 1949 a lieu une autre affaire : un homme avertit les Guérini que Jean-Thomas Giudicelli, homme de poid du Milieu marseillais, serait un indic. Ce dernier leur assure que c'est faux et s'en sort (pourtant, il était bel et bien un indic). C'est son dénonciateur qui est liquidé.
La même année, le 9 juillet, l'un des meilleurs ami de Mémé, Mathieu Costa, est poignardé pour une histoire de racket, à Paris. Dans sa chambre d'hôpital, il donnera le nom de son agresseur à ses amis : Jeannot le Fou. Mémé le fait abattre le 1er août. Costa, lui, meurt quelques jours plus tard, vengé.


L'Empire se porte bien

Pendant les années 50, les Guérini profitent pleinement de leur réussite malfrate. Leurs liens avec les show-biz (il connaissait notamment personnellement Alain Delon) les rend célèbres à travers toute la France. Leur clan est devenu l'un des plus puissants d'Europe, et reste à ce jour le clan le plus puissant qu'ait connut le Milieu français, sans doute encore plus que celui de Carbone et Spirito.

Après l'affaire Voulant, la CIA fait appel aux services des Guérini pour briser l'action des communistes dans les docks. Antoine et Mémé se lancent dans la contrebande de cigarette (avec comme associé Jo Renucci et Lucky Luciano), et Antoine trempe dans le trafic internationnal d'héroïne (malgré la promesse qu'il avait faite à son père de ne pas y toucher, promesse que Mémé tiendra) grâce à ses liens avec Lucky Luciano. Avec Robert Blémant, les Guérini gèrent un certain nombre de boîtes de Paris et de la Côte d'Azur. Il paraitraît même qu'Antoine aurait joué un rôle dans l'assassinat du président Kennedy. Cela n'est pas impossible du faite qu'il connaissait personnellement Lucky Lucciano. Si Antoine continue de travailler en souterrain, Mémé, lui, s'est plus ou moins rangé. Il continue de s'occuper des histoires d'honneur, des relations, il donne des coups de main, règle les différents, donne des conseils... et fait office de juge de paix du sud-est, donnant les feux vert ou les interdictions.

À la fin des années 50, Antoine veut se lancer dans le jeu parisien.
PARTIE III : LE DÉCLIN













L'affaire du Grand Cercle

En 1959 Robert Blémant (qui a été démis de ses fonctions à cause de ses liens avec le Milieu) obtient l'autorisation d'exploiter les grands jeux. De gros profits s'annoncent, mais pour garantir les gains des joueurs, il faut une banque solide. Et Blémant n'a pas les moyens de la fournir à lui seul. Il fait donc appel à Antoine Guérini, qui saute sur l'occasion, à Gilbert Zenatti (non truand), Antoine Peretti, Jean-Baptiste Andréani et Marcel Francisci pour investir dans le Gand Cercle.

Malheureusement, ce bel ensemble va se fissurer en février 1960. Cette année-là, espérant la chute de ses associers pour être le seul à reigner sur le jeu parisien, Andréani demande à se retirer de l'affaire et à être remboursé de son investissement. Si les associés ne le peuvent pas, Andréani prend la majorité des parts de la banque. Ils paient donc. Mais un mois après, Zenatti se retire à son tour car interdit de cercle. Puis Peretti demande à son tour le remboursement de son capital, et se retire sans problème. Robert Blémant et Antoine Guérini sont sur la touche. Andréani revient alors en force et s'oppose à Francisci, à qui il ne laisse que dix pour cent de sa participation initiale. Les deux hommes vont se livrer une guerre, appelée la "guerre des jeux", qui fera huit morts.

De son côté, Antoine a perdu des sommes énormes dans cette histoire.


Le Pouvoir se perd

C'est à partir de cet échec financier que commence le déclin du clan. Les Guérini vieillissent et ne sont plus dans l'air du temps. Mémé ne veut plus entendre parler de milieu et Antoine sombre petit à petit dans une espèce de folie causé par l'obsession de l'affaire du Grand Cercle. Bien sûr, ils préservent leur empire et sont toujours respéctés. On continue de les consulter pour tel ou tel histoire, on leur demande de faire jouer tel ou tel relation pour tel ou tel affaire... Mais ils ne contrôlent plus rien. Ils se contentent de gérer tranquillement leurs établissements sans se soucier de ce qui se passe à Marseille ou ailleurs. De plus, ils ont refusé de trop investire dans la came, alors que tout le monde s'y est mit. Par ailleurs, leurs soutiens politiques les lâchent.


L'Empire tombe dans une mare de sang

Robert Blémant deviant une obsession pour Antoine Guérini. Il a le sentiment que l'ancien commissaire fait son oseille sur le dos du clan, et qu'un jour ou l'autre il s'attaquera directement aux Guérini. Il décide donc, malgré le désaccord de Mémé, de le liquider. Le 4 mai 1965, Blémant est fauché par les rafales de deux mitraillettes tirées depuis une voiture. Tout le Milieu a désaprouvé cette action. Blémant était l'un des piliers du Milieu marseillais et connaissait beaucoup de monde, que ce soit dans le sud ou à Paris. Cela aura pour concéquence de mettre définitivement les Guérini sur la touche.

Colombani, l'un des tireurs, est abattu en février 1966 en sortant de chez sa mère. Le chauffeur est descendu la même année, en Espagne. Quand au deuxième tireur, il s'agit d'Antoine Mondolini, le fils naturel de Mémé Guérini, en prison au moment des assassinats de ses complices. Les vengeurs de Blémant attendront sa sortie de prison, en décembre 69, pour le poignardé dans sa chambre d'hôpital, alors qu'il est dans le coma.

Le 23 juin 1967, Antoine Guérini va faire le plein de sa mercedes à Marseille, accompagné de son fils. Soudain, deux hommes casqués surgissent sur une grosse cylindrée rouge. L'un d'eux saute à la volée, s'approche de la voiture et tire quatre coups sur le pare-brise côté passager. Il passe la main à travers la portière dont la vitre est baissé et tire encore. Onze balles de 11.43 ont traversées le coeur du seigneur de la pègre. Les auteurs de cet assassinat ne sont pas obligatoirement des vengeurs de Blémant. Certains désignent Tany Zampa, en passe de devenir le nouveau parrain de Marseille, comme étant le commanditaire et Jacky le Mat l'exécutant.

Pendant l'enterrement d'Antoine, deux voleurs inconscients ont cambriolé la somptueuse villa du défin. Lorsqu'ils apprennent à qui ils ont réelement affaire, l'un part se réfugier dans son pays natal d'Espagne (après un tabassage de la part des hommes de main des Guérini) et l'autre est tué de huit balles dans le corps. Bien que les apparences soit contre Mémé Guérini, il n'aurait pas tué le cambrioleur (à mettre au conditionnel, car étant donné que c'est sa fille qui affirme cela, l'objectivité du propos est toute relative). Il s'agirait en réalité d'une sombre magouille dont les acteurs principaux seraient haut-placés.

Mémé, Pascal et François Guérini sont arrêtés quelques jours plus tard. Pascal meurt d'une crise cardiaque à la prison des Baumettes. Le 15 janvier 1969, Mémé est condamné à vingt ans. Atteint d'un cancer, il est libéré en conditionnelle le 4 mars 1978. Il meurt en 1982 à la Valette, une clinique privée de Montpellier.

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#Posté le dimanche 23 novembre 2008 15:40

Carbone Spirito

Le duo marseillais formé du corse Paul "Venture" Carbone et de l'italien François "Lydro" Spirito est exceptionnel. Deux personnages complémentaires partis de rien qui ont profondément transformé le Milieu ; des touche-à-tout qui se sont immiscés dans les mondes de la politique, des affaires et du show-biz, qui ont régné sur la voyoucratie marseillaise tout au long des années 30, ont jeté les véritables bases de la futur French Connection, ont monté un véritable empire de prostitution et d'établissements de luxe entre Paris, Buenos Aires, l'Afrique du Nord et la Côte d'Azur, ont mis en place les premiers un important réseau de racket sur Marseille, ont tiré tous les profits possibles de la collaboration avec l'Allemagne sous l'Occupation, ont touché à toutes sortes de trafics à travers la planète, de New-York à Shangaï en passant par Beyrouth, Le Caire, Madrid... et tout cela sans n'être jamais véritablement inquiétés.

Voici donc en quatre parties le récit de la plus fantastique association qu'ait connu le Milieu hexagonal.







PARTIE I : Deux Hommes, Deux Histoires








1. Venture Carbone

Paul Bonaventure Carbone, dit Venture, est né le 14 février 1894 à Popriano, en Corse, d'un père navigateur aux messageries maritimes. Très tôt le paternel installe sa famille dans le quartier traditionnel de la communauté corse de Marseille : le Panier. Enfant, Paul est un élève studieux et intelligent. Il obtient d'ailleurs son certificat d'études. Mais la mort de son père en 1906 vient briser sa carrière scolaire, et à 12 ans le petit Paul a à sa charge sa mère veuve et ses deux petits frères François et Jean. Il accepte alors tous les petits boulots qui lui sont proposés : vendeur de journaux, docker et marin.

Poussant dans la rue, "Venture" a les arguments pour se faire entendre : une carrure massive, un torse puissant et un cou de taureau. Cela lui sert notamment pendant les parties de dés qu'il organise avec ses amis du Panier, ou alors dans l'un ou l'autre bal de Saint-Jean où il fait le beau. À la suite d'une bagarre qui contraindera à 2 mois de repos un docker de la Joliette, le jeune Paul Carbone est repéré par les services de police. Et fatalement en 1914 il aterrit dans les Bataillons d'Afrique, autrement appelés Bat' d'Af', ce corps d'armée à la discipline féroce réservé aux fortes têtes des bas-fonds français.

Et une forte tête, Carbone en est une. Se pliant difficilement à la discipline de fer en vigueur dans les Bat' d'Af', il se retrouve souvent à la section disciplinaire. Et y gagne une myriade de tatouages aussi divers que variées sur le torse, dans le dos, sur les hanches, les omoplates, les bras... et un amusant "au plaisir des dames" au-dessus des parties intimes. Il essaiera d'ailleurs quelques années plus tard de les effacer, ces "bouzilles" se mariant mal avec son image nouvel de gangster "respectable". En attendant, la Grande Guerre arrive et envoie Carbone au feu, d'abord au Maroc puis à Verdun en 1917. Il y fait preuve d'un courage sans pareil et obtient une médaille militaire après s'être blessé au Chemin des Dames.

De retour à Marseille en 1919, Paul "Venture" Carbone s'est clairement endurci. Il reprend du service dans les messageries maritimes qu'il avait quittées en 1914 et s'en sert comme couverture pour voyager en Orient et en Extrême-Orient, sur les conseils de Joseph le Corse, un de ses cousins. Il fait passer à Marseille ses premiers paquets d'opium - de très petites quantités pour l'instant. Ces voyages sont aussi et surtout l'occasion de prendre des contacts et de repérer des points de chute dans le but de faciliter divers trafics à venir, notamment celui des femmes.

Peu de temps après il quitte les messageries maritimes et s'adonne alors pleinement au commerce des femmes. Rusé et costaud, tenant une réputation et une force tranquille évidente, Carbone se taille une place de choix parmi les souteneurs marseillais. Ambitieux, il veut s'envoler vers d'autres horizons et envoie sa "gagneuse" Lola en Egypte au début des années 20 avant de la rejoindre peu de temps après au Caire. Une ville qui, au même titre qu'Alexandrie, compte une importante communauté de proxénètes français, notamment Honoré le Fou, leur doyen, ou encore le futur caïd Dominique Paoleschi. Mais Carbone retrouve surtout au Caire Lydro, alias Françaois Spirito. C'est là qu'il se liera définitivement d'amitié avec lui.




2. Beau Ficelle

Celui-ci est né le 23 janvier 1900 à Itri, en Italie du sud. Son enfance est plutôt difficile. Sévèrement battu par des carabiniers pour un vol de pommes alors qu'il n'a que 10 ans, il jure alors de devenir quelqu'un de craint. À 13 ans il débarque à Marseille, et se fait, dans cette jeunesse orageuse, remarquer pour des affaires de coups et blessures, d'escroqueries et bien sûr de proxénétisme.

En effet, Spirito est un séducteur. Si certains l'appellent Lydro en raison des cicatrices de variole qui lui rongent les joues, les jeunes filles lui préfèrent le surnom de "Beau Ficelle". Physiquement Spirito est d'un tout autre genre que Carbone : long et mince, distingué et d'une élégance soigné, son sourire enjoliveur fait des ravages parmi ces dames. Il aime jouer les vedettes et fait un temps le danseur mondain.

Mais derrière ce dandy qui joue les Don Juan se cache bel et bien un truand aguerri. Spécialisé dans le proxénétisme, il est l'amant d'une tenancière de maison close. C'est néanmoins pour une escroquerie au jeu portant sur 400 000 francs qu'il est pour la première fois inquiété. Sans suite. À Paris il n'hésite pas à abattre de sang froid un proxénète algérien avec qui il avait un différend. Simulant la folie, il sera transféré dans un asile marseillais avant de rapidement recouvrer sa liberté.

Spirito est aussi un aventurier dans l'âme. C'est pourquoi il partira pour Le Caire avec Angèle, dite Nina, la femme qui travaille pour lui. Et c'est à l'ombre des pyramides que naît son association avec Carbone. Les deux hommes comprennent qu'ils vont faire un bout de route ensemble et deviennent des inséparables. Une amitié de 20 ans.
Au début des années 20 le duo Carbone-Spirito prend forme et va alors commencer son enrichissement - d'abord en Egypte, puis à Marseille en s'attaquant à divers secteurs, notamment celui de la drogue. L'ascenssion de "Venture" Carbone et "Lydro" Spirito est en marche.







Partie II : Des Parrains en Puissance


1. L'Egypte, ou le début de la fortune

Si au début des années 20 les deux hommes sont amis, c'est néanmoins un événement précis qui va les souder à jamais. Le dur Carbone, d'ailleurs connu pour son adresse dans le maniement du couteau, avait eu maille à partir avec des concurrents égyptiens. Il avait en effet pris sous son aile une de leurs protégées qui avait été maltraitées. Remontés, les égyptiens enlevèrent Carbone, l'emmenèrent dans le désert avant de l'enterrer jusqu'au cou, lui barbouillant le visage de miel pour attirer les fourmis. Spirito parvînt à retrouver son ami après deux jours de recherches acharnées, à demi-mort. Les deux hommes ne devaient plus se quitter

Mis à part ce souvenir désagréable, la période égyptienne reste une époque charnière pour les duettistes.Ils nouent des liens avec les gros proxénètes du Caire et d'Alexandrie, font venir de nouvelles filles de Marseille et s'enrichissent visiblement. En 1924 Paul Carbone est expulsé d'Egypte. Lui et Spirito envoient quelques temps plus tard leurs femmes à Buenos Aires, lesquelles sont rejointes par celles de Jean et François Carbone, dit Tchichakoff, les deux frères de Paul, en 1928.

En 1929 "Venture" et "Lydro" achètent une splendide maison de tolérance au Caire: la Rose des Sables. Ils y envoient les "plus belles filles" de France comme dira plus tard Spirito. Et alors que Carbone se cantonne dans la capitale égyptienne pour faire démarrer la boîte, son acolyte descend, lui, la vallée de Nil afin de rencontrer des producteurs d'opium. Car si l'Egypte est le pays qui offre les débouchés les plus florissants aux souteneurs français, c'est aussi le royaume des stupéfiants, la vallée du Nil étant la véritable plaque tournante mondiale de tous les trafics de drogue possibles et imaginables.

Mais, entre-temps, à Marseille, les duettistes se sont fait un nom.


2. Marseille, ou comment jouer à Al Capone

Dans la deuxième moitié des années 20, le duo corso-italien s'est taillé une réputation dans le Milieu marseillais. Les deux hommes se sont rapidement lancés dans le racket à grande échelle : bars, hôtels, bordels, cabarets, épiceries, tout y passe, même les marchands de fruits et légumes. Avec la nouvelle manne financière que créée cette activité, Carbone et Spirito se lancent à corps perdu dans la "traite des blanches" et envoient leurs filles de joie en Argentine, à Tunis, au Caire... Grâce à leur argent et leurs contacts ils rendent beaucoup de services, en échange de quoi ils demandent à être épaulés sur l'une ou l'autre affaire. Ainsi travailleront pour eux le temps de quelques coups de main des personnages comme les frères Guérini, Jo Renucci, Auguste Ricord (futur pilier de la French Connection), les frères Aranci (eux aussi trafiquants internationaux de drogue) ou encore Mathieu Zampa (père du caïd Tany Zampa). Ils montent de cette manière une petite mais solide armée de nervis.

À la fin des années 20, le duo prend des parts dans les maisons closes de la côte, de Marseille à Nice en passant par Cannes. Gare aux récalcitrants. Carbone et Spirito ont les arguments pour les faire plier. Par ailleurs, quelques temps avant, ils s'étaient associés au dénommé Martini, dit "le Beau Markin", chef d'une bande de faussaires qui fournit le Milieu marseillais. Elle émettera tout au long des années 20 de faux timbres, de la fausse monnaie, de faux mandats postaux, de faux passeports, de fausses cartes d'identités, etc... Carbone et Spirito couvriront les activités de la bande jusqu'en 1929, date à laquelle est arrêté le Beau Markin. Dans le même temps, grâce aux contacts corses de Carbone avec les responsables des dockers, lui et son accolyte François Spirito tiennent le port de Marseille, ce qui leur permet de toucher à tous les trafics : cigarettes, or, alcool, et bien sûr drogue.


3. À fond dans les Stup'

Dès le début de leur association Paul Carbone et François Spirito ont misé sur la drogue. Dans la deuxième moitié des années 20, ils s'y mettent sérieusement. Avec l'opium tout d'abord. Comme on l'a vu, Spirito a profité de ses séjours en Egypte pour prendre contacts avec les revendeurs d'opium (venu de Shangaï) qui longent la vallée du Nil. Carbone, de son côté, s'en est allé recruter des navigateurs corses pour faire la liaison Alexandrie-Marseille. Lorsque les bateaux chargés de "pâte brûne" s'approchent des côtes marseillaises, leurs occupants jettent les sacs d'opium à la mer, des pêcheurs des Goudes venant ensuite réceptionner les paquets à bord de leurs barques. Une technique encore utilisée aujourd'hui et qui a été inventée de toute pièce par le tandem marseillais. Une fois à Marseille, l'opium est revendu et consommé directement dans les fumeries du Vieux-Port. Le "marché aux stupéfiants" se tient dans les bars voisins de l'Opéra. S'y marchande aussi la cocaïne.

Et c'est Paul Carbone qui s'est chargé de ce bizness. Il achète légalement la cocaïne à des usines suisses pour ensuite officiellement l'envoyer à l'étranger. En vérité, une bonne partie de la marchandise est destinée à des revendeurs français, venus de Paris pour la plupart, les principaux consommateurs se trouvant dans la capitale.

Mais en cette fin des années 20, Paul Carbone a d'autres préoccupations : en effet la consommation française d'opium baisse à vue d'oeil. Mais pas question d'abandonner. Il s'associe avec un trafiquant grec de renom, Astras, recherché par les polices de plusieurs pays et qui, pour l'heure, a besoin d'un bras armé. Il a en effet en face de lui un concurrent de poids : un compatriote du nom d'Elias Eliopoulos, dit "Elie", qui a pignon sur rue à Paris et fréquente toute la haute société aristocratique européenne. En 1930, Astras n'hésite pas à balancer à la police une transaction commanditée par Eliopoulos, tandis que dans le même temps Carbone s'en va menacer le frère de ce dernier à Paris. En mai 1931 "Elie" est expulsé de France par les autorités. Astras et Carbone ont alors le champ libre. Pas encore tout à fait. À Istanbul, Eliopoulos se présente à la gare de la ville pour bloquer la filière concurente. Carbone est là qui l'attend, un revolver à la main, et lui assène un violent coup de crosse à la tête. Finalement, en 1932, Elias Eliopoulos est arrêté et son réseau démantelé. Astras vole alors les contacts turcs d'Elie, chargés de produire la "pâte brune", et envoie ses cargaisons d'Istanbul à Paris par train avant de les faire, une fois transformées en morphine ou en héroïne, partir pour les Etats-Unis. Les affaires marchent bien.

Pendant ce temps, dans le but de pallier la baisse de consomation d'opium en France, Spirito prend lui aussi des mesures, et décide de se lancer dans l'héroïne à la fin des années 20. Néanmoins le marché français est restreint. Outre-atlantique en revanche, il explose. Spirito met alors en place toute une filière, notamment grâce à ses contacts égyptiens à qui il achète l'opium brut, et surtout grâce aux relations qu'il entretient avec son pays d'origine, l'Italie. Elles lui premettent de rencontrer l'italo-américain Vito Genovese au début des années 30, lui-même envoyé en Europe par son boss Lucky Luciano pour monter des filières de drogues.

Une fois les contacts en place, reste à fabriquer l'héroïne. Pour ce faire, Carbone et Spirito recrutent Dominique Albertini, un chimiste doué qui a lui-même été formé par Charles Fortin, l'homme à l'origine du "savoir-faire à la française" dans la préparation de l'héroïne. Son successeur Albertini formera lui-même entre autres Joseph Cesari, futur meilleur préparateur d'héroïne au monde, qui aura de son côté une bonne dizaine d'élèves. Pour l'heure, ils 'agit de trouver un laboratoire. Carbone et Spirito en installent un pour leur chimiste dans une villa isolée de Bandol. Une fois prête, la drogue est confiée à des marins qui font la traversée à destination de New-York (il s'agit des frères Ansaldi, d'Albert Bistoni et de Joseph Orsini, qui deviendront de grands trafiquants dans les années 50 et 60), où elle est prise en main par les hommes de Lucky Luciano. Les quantités sont ridicules par rapport à celles d'aujourd'hui, mais il s'agit bien là du premier réseau de la French Connection.


Autant dire que la drogue, tout comme le reste, est une affaire qui roule. Mais tout cela n'aurait pu être possible sans de solides attaches politiques. Et des attaches politiques Carbone et Spirito en ont, notamment en la personne de Simon Sabiani. Elles leur permettront de prospérer tout au long des années 30 et de s'élever véritablement au rang de "parrains". Tout cela sera relaté dans une troisième partie intitulée Les Patrons de Marseille.
Partie III : Les Patrons de Marseille



1. Dans la Politique avec Simon Sabiani

C'est en 1931 avec l'arrivée à la mairie de Simon Sabiani que Carbone et Spirito sont véritablement envoyés au sommet. Simon Sabiani, c'est l'homme politique derrière lequel ils se sont rangés. À l'époque la pratique est courante, les politiques de tous bords s'adjoignant les services de truands afin d'encadrer les colleurs d'affiches, gêner les réunions des concurrents, assurer le service d'ordre, faire le coup de poing, fausser les résultats de l'un ou l'autre bureau de vote, et quelques autres broutilles plus ou moins légales. En échange de quoi les politiques arrangent les affaires de leurs "agents électoraux", de la levée d'interdiction de séjour aux emplois fictifs, en passant par une certaine tolérance quant à leurs activités. Chaque parti possède ainsi une petite armée d'hommes de main : on retrouve les Renucci aux côtés des Radicaux, les Guérini avec les socialistes, et le tandem Carbone-Spirito avec l'ambitieux carriériste Simon Sabiani. Ce corse sans scrupules et démagogue né en 1888 à Casamaccioli a été élu député en 1928 sur la liste des Indépendants et pratique un clientélisme à grande échelle, notamment auprès de la communauté corse de Marseille (forte de 60 000 membres). Paul Carbone y voit une opportunité et se glisse avec ses hommes dans le sillage de Sabiani. Ils deviennent amis, le politique n'hésitant pas à s'afficher aux mêmes tables que le gangster et à proclamer dans un discours "rarement dans ma vie je n'ai rencontré de coeur aussi noble que celui de Carbone".

En juillet 1930 il n'hésite pas non plus à soutenir le frère de Paul Carbone, François dit Tchichakoff, alors que ce dernier est jugé pour le meurtre d'un proxénète. Il essaiera même d'influencer les jurés. Parallèlement, Sabiani crée le poste d'inspecteur des stades spécialement pour Jeannot, l'autre frère de Carbone. Lequel Jeannot tirera quelques temps plus tard, en 1936, sur l'homme de main d'un adversaire de Sabiani, Ferri Pisani, et le blesse à la cuisse sans n'être inquiété une seule seconde. Ce genre d'épisode violent est fréquent pendant les campagnes. En 1935 par exemple, une fusillade éclate entre des hommes de Carbone et ceux d'Antoine Guérini à la sortie d'une réunion électorale près de la gare Saint-Charles, sans faire de blessés.

En 1931 l'appui de Carbone et Spirito à Simon Sabiani paye : ce dernier est nommé premier adjoint au maire par Georges Ribot, successeur de Siméon Flaissières mort la même année. Mais c'est bien le corse Sabiani qui contrôlera la mairie jusqu'en 1935. Les parrains marseillais s'assurent ainsi de solides appuis.

Néanmoins, ces liens contre-nature et connus peuvent aussi apporter des désagréments. C'est le cas notamment en 1934.



2. De Stavisky à Prince

Le 8 janvier 1934 le cadavre du financier véreux Serge Alexandre Stavisky est retrouvé à Chamonix. Le scandale éclate, Stavisky ayant mouillé nombre de personnages haut placés de la IIIe Republique. Une crise politique née et embrase la France entière. Le 12 février, 50 000 socialistes et communistes manifestent leur mécontentement à Marseille. Des incidents éclatent et des coups de feu sont tirés depuis une voiture sur des chefs de la Sûreté générale. Certains disent avoir vu au volant du véhicule des gangsters proches de Paul Carbone. Sabiani est pointé du doigt, accusé d'être un fasciste et est lâché par les Républicains de droite et de gauche. Il glissera inexorablement vers l'extrême droite.

Le 21 février 1934, c'est le corps déchiqueté d'Albert Prince, conseiller à la cour d'appel de Paris, qui est découvert sur la ligne ferroviaire Paris-Dijon. L'inspecteur Bonny, un policier trouble qui collaborera avec l'Allemagne nazi sous l'Occupation en association avec des truands parisiens, est chargé de l'enquête et accuse, sur la base d'indices falsifiés et de faux témoignages, Paul Carbone, François Spirito et leur ami monégasque le baron Gaëtan Lherbon de Lussatz, qui leur sert de relais sur Paris, du meurtre d'Albert Prince. Les trois hommes sont arrêtés et emprisonnés à Dijon le 29 mars. À travers Carbone, Sabiani pense que c'est lui qu'on a voulu atteindre. Il fait imprimer et coller des affiches dans toute la ville sur lesquelles on peut lire, entre autres choses, "Carbone est mon ami". Par la suite, l'adjoint au maire n'a de cesse de remuer ciel et terre pour défendre ses "amis". Carbone, Spirito et Lherbon sont finalement libérés le 26 avril après vingt jours d'emprisonnement et écopent d'un non-lieu, le dossier d'accusation étant beaucoup trop maigre.

À Marseille Simon Sabiani a orchestré une réception triomphale pour le retour du duo marseillais. Sur les quais de la gare 2000 personnes les attendent. Le long des rues principales de la ville, leur cortège est acclamé par des milliers d'habitants. Marseille applaudit ses bandits bien-aimés, les héros du jour. Pour la première fois Carbone et Spirito mesurent l'étendue de leur prestige et de leur réussite. Ils sont au sommet de leur gloire.



3. Les Pachas Marseillais

Carbone et Spirito sont les véritables patrons de la ville et mènent grand train de vie : soupers aux meilleures tables, costumes des plus grands tailleurs, déplacements en limousines, fréquentation assidue du Casino de Monte-Carlo... Carbone a ouvert son bar, le Beauvau, supervisé par son frère Jean, où se pressent le tout-Marseille et le tout-Paris, ces messieurs de la capitale venant en curieux voir les gangsters dont les journaux ont parlé dans l'affaire Prince. Paul Carbone possède aussi un yatch, le Roselyne, amarré près de Bandol. Le duo y reçoit les vedettes du show-bizz et de nombreuses personnalités. Spirito a lui aussi son propre comptoir, l'Amical Bar, près de l'Opéra, où il joue les juges de paix en arbitrant les conflits entre voyous.

Carbone et Spirito ont des amis dans tous les domaines : des politiques, des amiraux, des avocats, des industriels, des vedettes, et même des académiciens. Lorsque des journalistes parisiens descendent à Marseille ils les soignent aux meilleurs tables et dans les plus grands hôtels, leur faisant faire la tournée du Marseille By Night. Un reporter revenu de Chicago recevra cette invitation de Paul Carbone : "Cher ami, venez passer deux jours avec moi à Marseille. Vous me raconterez ce que vous avez vu en Amérique et à quoi tient la puissance d'Al Capone". Carbone et Spirito se donnent ainsi des airs de grands bourgeois tous puissants. François Spirito se mariera d'ailleurs en 1939 tel un honnête homme, et obtiendra deux enfants de cette union.

C'est ce même Spirito qui, passionné de boxe, organise des combats quelque peu truqués. Son poulain se fait appeler Kid Francis, mais il s'agit en fait de son cousin Francis Buonaugura, champion de France des poids coqs et chouchou du public marseillais. Spirito a monté de toute pièce un premier combat en janvier 1930, mettant aux prises son champion avec un faux boxeur américain, Georges Mack, qui n'était en fait qu'un amateur recruté sur les quais de Marseille. Le 10 juillet 1932, rebelotte, sauf que cette fois l'adversaire du Kid est un vrai professionel américain, Al Brown, venu à Marseille défendre son titre de champion du monde. Le match était très attendu et 12 000 fervents supporters du boxeur marseillais sont venus assister à sa victoire certaine. Néanmoins, au bout de 15 rounds, les deux adversaires sont toujours debout. Aux points, Al Brown est clairement vainqueur. Mais voyant la tension monter, l'arbitre hésite à donner le résultat. L'émeute commence à gagner la salle. Un juge de boxe américain monte sur le ring pour déclarer Brown vainqueur malgré les menaces de Spirito. Il est roué de coups et, pris de panique, avale sa feuille de notation. Un autre juge prend le relais et décide de déclarer Kid Francis vainqueur pour calmer les spectateurs. En vain. Des revolvers sont brandis, des coups de feu tirés en l'air. La foule veut la peau du noir-américain Al Brown. Ce dernier ne devra son salut qu'à la puissance de ses jambes qui lui permetteront de fuir in extremis.
Dès le lendemain, la Fédération de boxe rétablira la victoire d'Al Brown. Peu importe pour Carbone et Spirito, ce match historique leur a assuré une recette record.



4. Caïds du Milieu

Dans la Pègre, l'autorité des parrains est incontestée. Une portion de la ville est soumise à leur racket tandis que nombre de maisons closes de la côte sont passées sous leur contrôle. Autour du Vieux-Port sont entreposées dans les bistrots des machines à sous trafiquées, dont un certain nombre appartiennent aux hommes de Carbone et Spirito. Ce bizness perdurera de 1931 à 1937, année du décret qui les interdira. Il faut aussi ajouter à cela toutes sortes de trafics: la drogue et les femmes comme on l'a vu, l'or, l'alcool, la fausse monnaie, les faux timbres, les armes... Ce dernier a débuté en 1936. Contournant le blocus imposé par la France, Carbone et Spirito fournissent en armes les troupes du général Franco. Et quand un de leurs hommes, Louis Raggio, futur grand résistant, est arrêté à bord d'un camion bourré de 12 000 mitraillettes, ils changent de moyen de transport et optent pour la voie maritime : des bateaux chargés d'armes à Anvers font la liaison entre le port belge et les ports espagnols tenus par les franquistes.

En 1938, les duettistes réussissent un coup aussi loufoque que génial : l'importation illégale de 34 tonnes de parmesan. La France et la Grande-Bretagne ont en effet décrété un embargo sur les produits italiens après que Mussolini ait chassé du trône éthiopien le négus Haïlé-Selassié 1er. Pour nombre de Marseillais d'origine italienne, c'est la catastrophe : les fromages de la péninsule sont introuvables ou hors de prix. Le tandem marseillais charge alors un pêcheur d'oursins, oncle de Cabone, de remplir de 34 tonnes de parmesan un vieux bateau qu'ils ont racheté. Une fois chose faite à Gênes, le bateau doit officiellement partir pour Barcelone mais fait cap sur Marseille. La cargaison est débarquée et transposée dans deux camions. Malheureusement pour le duo, la Douane intervient et saisit le fromage. Mais le parmesan étant une denrée périssable, la marchandise doit être aussitôt mise aux enchères. Dissuadant les possibles acquéreurs de tenter un quoi que ce soit, Carbone et Spirito rachètent les 34 tonnes de parmesan pour une bouchée de pain. Le fromage sera ensuite écoulé sur les marchés de Marseille. Jeannot, le frère de Paul, dira à ce propos : "Paul on aurait dût le décorer pour l'affaire des fromages. Le parmesan était introuvable en France. Grâce à lui, les ménagères ont pu en acheter dans le commerce normal à un prix raisonnable... Je ne vois pas quel mal il y avait à ça".



5. Les Forces Vives du Vieux-Port

Carbone et Spirito règnent donc en maître sur Marseille. Mais cela n'empêche pas d'autres voyous de s'affirmer sur le pavé phocéen. C'est le cas par exemple de Jo Renucci, braqueur, et de ses frères Noël et Barthélémy, spécialistes des jeux, de Jacques Ulysse, trafiquant de femmes, d'Antoine Ottaviani, dit le Boxeur, de Dominique Paoleschi, souteneur, ou encore, dans le secteur de la drogue, des frères Aranci et de Jean Vinciléoni.

Mais dans ces années-là, une fraterie surtout prend de l'ampleur à vue d'oeil dans le Milieu marseillais : celle des frères Guérini. Carbone et Spirito observent d'un air inquiet l'ascenssion de ces rivaux. Et si Spirito prône la guerre ouverte, Carbone serait lui plutôt favorable à une paix de façade. Un beau jour, sans doute en 1937, rendez-vous est pris dans un restaurant avec les deux frères les plus en vue de la fraterie, Antoine et Barthélémy, dit Mémé. Une sorte de pacte est décidé entre les deux parties : les Guérini peuvent s'activer tant qu'ils le veulent dans le domaine de la prostitution à condition qu'ils ne touchent à aucun des autres bizness dans lesquels se distinguent les deux caïds Carbone et Spirito. Ainsi les Guérini sont rapidement à la tête d'un petit empire de la prostitution, Carbone et Spirito leur ayant laissé une grosse part du gâteau. Mais le tandem continue de règner sur Marseille, et ce malgré la défaite de leur candidat Sabiani aux municipales de 1935 face à Henri Tasso, socialiste soutenu par les Guérini qui restera à la mairie jusqu'en 1937.

La défaite de Sabiani n'est pas due au hasard. Après ses prises de position pendant les affaires Stavisky et Prince il a été rejeté de tous les côtés et s'est alors tourné vers l'extrême droite. En 1936, il devient un pilier du PPF de Jacques Doriot, dont le service d'ordre est composé essentiellement d'hommes recrutés par Carbone et Spirito. Ces gros bras se transforment en briseur de grèves et organisent des attentats dans le port pour freiner l'acheminement de l'aide aux Républicains espagnols.

Mais parallèlement à leur réussite et leurs déboirs marseillais, Carbone et Spirito s'intéressent aussi à une autre ville: Paris.



6. En route pour la capitale

Alors qu'à Paris les voyous corses s'installent sans partage à coups de revolvers, Carbone et Spirito réclament eux aussi leur part du gâteau. La ville leur plaît. La femme de Carbone, Marcelle, possède d'ailleurs un appartement boulevard Pereire, dans le XVIIe. Par ailleurs, en juillet 1931, Paul Carbone est dénoncé par un homme d'affaires grec dans une affaire de vol rue Michel-Ange. La victime se rétractera dès le lendemain.

À Montmartre, véritable capitale de la Pègre française, Carbone et Spirito investissent dans les bars, les boîtes et les bordels. Les intérêts parisiens du duo sont gérés jusqu'en 1936 par un ancien violoniste, Antoine Nicolini. Pour ce qui est des cercles de jeu, leur homme de confiance est Gaëtan Lherbon, Baron de Lussatz, qui a été inquiété avec eux dans l'affaire Prince. Lherbon, né en 1888, est sans doute le seul aristocrate du Milieu. Il est pourtant un dur qui a eu de 13 à 37 ans une véritable vie d'aventurier. Malgré son visage de croque-mort et sa réputation d'homme dangereux, il connaît le tout-Paris, fréquente tous les milieux et touche à tout ce qu'il peut. Un atypique devenu un ami et le relais parisien des duettistes.

Ces derniers s'immiscent également dans les coulisses du pouvoir politique et médiatique parisien : le préfet de police de Paris Jean Chiappe, un homme influent, et son neveu Carbuccia, directeur du journal "Gringoire", deviennent, parmi d'autres, leurs amis. C'est aussi le cas d'un jeune chanteur corse qui monte, Tino Rossi. Tout ce petit cercle se rend des services et se côtoie dans les soirées mondaines, Carbone et Spirito fréquentant les meilleures tables de Paris, ainsi que ses champs de courses et ses cercles de jeu.

À la veille de la deuxième Guerre Mondiale le duo multiplie les allers-retours entre Marseille et Paris.



Avec la guerre, les affaires des patrons de Marseille ne vont guère connaître de coup dur, et même se développer un maximum : Carbone et Spirito optent pour la Collaboration et en tireront tous les profits possibles, élargissant encore plus leur palette d'activités. Et après la Libération, si Carbone n'est plus de ce monde, Spirito va lui poursuivre sa route en partant pour l'étranger et se distinguera dans le trafic international d'héroïne en direction des Etats-Unis
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#Posté le dimanche 23 novembre 2008 15:08

Jacques Mesrine Un Dieu , Un Bouillant , J'aurai Aimer etre son ami

Le 28 décembre 1936, Jacques-René Mesrine naît à Clichy le jour de la fête des Saints Innocents. Ses parents sont des marchands de tissu aisés. Ils souhaitent le voir étudier à l'école des Hautes Études Commerciales (H.E.C). Hélas, il n'aime pas l'école : les frères oratoriens l'expulsent. Plus tard, Jacques se fait renvoyer du lycée laïc de Clichy pour avoir été violent envers le proviseur. Il devient alors représentant en tissus. En 1955, Jacques a 19 ans et se marie avec Lydia de Souza dans sa ville natale. Un an plus tard, il part pour la guerre d'Algérie comme parachutiste-commando où il sera décoré par le Général de Gaulle de la Croix de la valeur militaire. En mars 1959, Jacques reçoit le certificat de bonne conduite de la 626è Compagnie. Cependant, de retour à la vie civile, il divorce et vit de poker, petits "casses" et braquages. Très tôt, ce futur braqueur professionnel, de notoriété internationale, se rend compte qu'un rien change son visage. Il décide d'en jouer pour ne pas être reconnu. Les différentes photos prises au cours de sa vie en témoignent.
La révolution tranquille des années 60
Le 4 novembre 1961, Mesrine se remarie à la mairie du XVIIIè arrondissement de Paris. De cette union avec Maria de la Soledad naîtront trois enfants. C'est à cette époque qu'il est arrêté pour le première fois et est condamné à payer une amende pour port d'arme prohibée. Le 17 janvier 1962, il est arrêté à Neubourg avec trois complices. En mars 1962, pour la première fois, il est incarcéré dix-huit mois à Évreux, puis à Orléans, pour les motifs de cambriolage et recel d'armes. Après son séjour en prison, Mesrine essaie de s'amender. Sa famille, pour l'aider, lui offre la gérance d'une auberge dans l'Oise. L'établissement devient vite un repaire de bandits. Jacques a une nouvelle flamme et vit avec Jeanne Schneider dont il prétend avoir tué les deux souteneurs (on n'a cependant jamais trouvé de cadavre).
Le 2 décembre 1965, Mesrine est arrêté alors qu'il dérobe des documents politiques dans la résidence du gouverneur militaire de Palma de Majorque. En octobre 1966, Mesrine ouvre un restaurant dans la capitale des îles Canaries, Santa Cruz de Tenerife. Jacques n'arrête toutefois pas ses activités et en décembre, il braque une bijouterie à Genève. En mai 1967, Mesrine ouvre une auberge à Compiègne. Le 15 novembre de la même année, il est reconnu lors d'un vol à main armée dans un hôtel de Chamonix ; puis dans une maison de haute couture à Paris, le 8 décembre. 6 février 1968, Jacques Mesrine échappe aux policiers et s'enfuit par l'aéroport d'Orly au Québec avec Jeanne Schneider, A cette époque, il n'est recherché que pour escroqueries.
Mesrine s'établit au Québec et se lance dans la grande criminalité...
Jacques et Jeanne restent alors discrets et travaillent cinq mois pour Georges Deslauriers. Le couple le kidnappe pour les avoir congédier et demande à son frère Marcel une rançon de 200 mille dollars. Le 26 juin 1969, le couple Mesrine-Schneider quitte le motel des Trois S½urs à Percé où il s'était réfugié et franchit illégalement la frontière des État-unis dans une petite embarcation vers Détroit. Le 30 juin 1969, le corps étranglée d'Évelyne Le Bouthillier est découvert dans sa résidence. 16 juillet 1969, le couple est arrêté à Texarkana, en Arkansas, puis extradé vers le Québec en attendant leur procès. 17 août 1969, ils s'évadent de la prison de Percé mais sont repris le lendemain. Jacques et Jeanne sont respectivement condamnés à 10 et 15 ans de réclusion pour l'enlèvement de Georges Deslauriers. En Janvier 1971, Mesrine et Schneider sont acquittés dans l'affaire Le Bouthillier à cause du manque d'objectivité du Juge, mais ils retournent en prison pour l'enlèvement et la séquestration du millionnaire Georges Deslaurier.
Des braquages...des arrestations
Le 21 août 1972, Jacques Mesrine est jugé et condamné à dix ans de prison, mais il s'évade l'Unité spéciale du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul avec cinq autres détenus, dont Jean-Paul Mercier un de ses fidèles complices au Québec. Leur cavale est ponctuée de nombreux méfaits :
- 26 août , Mesrine et Mercier braquent la Caisse Populaire de Saint-Bernard à Dorchester et dix minutes après, celle de Sainte-Narcisse-de-Lotbinière. Le butin s'élève alors à 26 000 $ Canadiens.
- 28 août, braquage de la Toronto Dominon Bank à Montréal. Cette banque sera un nouvelle fois braquée par les deux hommes trois jours plus tard.
- 3 septembre, ils attaquent violemment le pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul et blessent grièvement deux policiers.
- 10 septembre, Mesrine et Mercier tuent deux gardes forestiers près de Saint-Louis de Blanford au Québec.
- octobre, braquage de plusieurs banques à Montréal.
- décembre, braquage de la paie d'une usine de Mantes-la-Jolie pour un total 320 000 FF, puis d'une caissière retirant 280 000 FF dans une banque.
Le 5 mars 1973, lors d'une altercation avec la caissière d'un café-bar, Jacques Mesrine brandit son revolver; un agent de police tente d'intervenir mais Mesrine le blesse grièvement. Trois jours plus tard, Mesrine est arrêté à Boulogne-Billancourt, emprisonné à Compiègne et, en mai, il est condamné en France à 20 ans de prison. Le 6 juin, Mesrine doit comparaître suite à des chèques sans provision, mais il s'évade du Palais de justice de Compiègne (grâce à une arme dissimulée par un complice dans les toilettes) en prenant le président du tribunal en otage.Le 21 juin, il attaque à main armée l'imprimerie Lang, rue Curial, dans le 19éme arrondissement de Paris et s'empare de la paie des employés : environ un million et demi de francs lourds. Il s'offre alors des vacances, en juillet et août, à Trouville, station balnéaire très chic de la côte normande.
Mais il lui est difficile de rester longtemps inactif. Dès le début du mois d'août, on le retrouve à Paris où il s'attaque à une grosse banque: le Crédit Lyonnais, sur l'avenue Bosquet, dans le 7ème arrondissement. Après ce coup retentissant, il se tient tranquille pendant près de deux mois avant de braquer, le 27 septembre, deux banques situées sur le boulevard Barbès, toujours à Paris. Le lendemain, Jacques Mesrine est arrêté par le commissaire Broussard, rue Vergniaud, et Mesrine promet au commissaire qu'il s'évadera encore...
Une succession d'évasions
Le 10 mars 1977, Mesrine publie L'Instinct de Mort dans lequel il revendique 39 crimes. Un criminologue, René Reouven, commente: "Il y a chez Mesrine, un petit tueur qui se voudrait grand et si l'on peut comptabiliser les crimes qu'il a commis, on ne saurait en faire autant pour ceux qu'il revendique". Le 18 mai, Jacques Mesrine est condamné à 20 ans de prison. Il est transféré à la prison de La Santé, à Paris, où se trouvent emprisonnés les criminels les plus redoutables.
Cette année peut être considérée comme un temps de nomadisme pour Mesrine. En effet, il s'évade, le 8 mai 1978, avec François Besse et Carman Rives de la prison de la Santé qui est au c½ur de Paris (5ème arrondissement). Il passera son temps à semer la police en changeant constamment de domicile. Besse avait été condamné à 15 ans de réclusion criminelle, le 17 juin 1975. Carman quant à lui ne survivra pas à cette évasion puisque tombé du câble suspendu pour franchir le mur de la prison, il est abattu d'une balle dans son dos. Nombreux sont ceux qui craignent pour leur vie de savoir Mesrine en liberté.Peu après son évasion, il est identifié par des témoins sur les lieux d'un vol commis dans une armurerie parisienne... La police craint le pire !
De retour sur la côte normande, il attaque (toujours à main armée) le casino de Deauville, lieu déjà très à la mode et fréquenté par les plus riches. Ce vol avait été minutieusement préparé par Mesrine et ses complices. Il s'opéra sans violence, une des marques distinctives de Mesrine qui se vantait de ne jamais tuer "inutilement". La rapidité d'exécution de Mesrine a toujours été remarquable: quand les policiers sont arrivés sur les lieux, Mesrine et ses complices étaient déjà loin.
Deux jours plus tard, une vaste opération est déclenchée pour tenter de retrouver Mesrine et son complice, Besse. Plus de 300 gendarmes, une section du G.I.G.N. assistée des policiers de la brigade anti-gang recherchent en vain Mesrine. Ce dernier, toujours aussi audacieux, se présente le 18 juin dans un poste de police, à Evian, où il tente de se faire passer pour un officier haut gradé dans le but de mettre la main sur des uniformes de la police. Cette opération est un échec, mais Mesrine réussit encore à prendre la fuite. Les policiers croient alors que le but de Jacques Mesrine est de dévaliser le casino d'Evian. Mais c'est la banque de la Société Générale à Raincy, dans la région parisienne qui est visée et dévalisée.
Le 27 juillet, c'est la stupeur générale tant en France qu'au Québec: une entrevue accordée par Mesrine à la journaliste Isabelle de Wangen paraît simultanément dans Paris-Match, à Paris, et dans l'hebdomadaire fondé par Maître Daoust qui était l'avocat de Mesrine, Photo Police, à Montréal. Dans cette entrevue-choc, Mesrine dénonce avec véhémence les quartiers de haute sécurité français et il affirme catégoriquement qu'il n'entend pas se laisser prendre vivant.Toutes les bandes sonores de cette entrevue sont saisies par la police et la journaliste Isabelle de Wangen est accusée en cour criminelle pour ne pas avoir dénoncé celui qu'on qualifie désormais de "l'ennemi public numéro 1" dans toute la France. Pendant se temps Mesrine se moque des policiers et voyage : Sicile, Algérie, Grande-Bretagne (où sa trace est retrouvée à Londres) avant de retourner en France. Le 10 novembre, Jacques Mesrine et Jean-Luc Coupé font une tentative ratée d'enlèvement du juge Petit, président de la cour d'assises de Paris. Ils se présentent à son domicile parisien. Ce dernier est absent. C'est son épouse, sa fille et son gendre qui sont séquestrés. Mesrine disparaît mais Coupé est arrêté en tentant de s'enfuir.
Dernière année de cavale
Le 5 janvier 1979, l'éditeur Jean-Claude Lattès, reçoit une lettre de menaces qui lui réclame 230 000 francs. Mesrine soutient que cette somme lui est due pour les droits d'auteur de son livre L'instinct de mort, oeuvre écrite en prison et publiée en 1977. Jacques Mesrine y écrivait, entre autres, que l'on devenait criminel "soit comme d'autres deviennent curés, soit par vocation"... Le 20 janvier, un hold-up du style de ceux commis par Mesrine est signalé au super-marché de Massy, dans la région parisienne. On ne saura jamais s'il en a été l'auteur ou non. Jacques Mesrine emménage en mai rue Béliard, dans le 18ème arrondissement de Paris, et enlève Henri Lelièvre, un millionaire français. Les ravisseurs reçoivent une rançon d'un million de francs remise par Henri Lelièvre lui-même. Notre criminel notoire prend ainsi des vacances au Portugal et dans d'autres pays...
L'opinion publique et les médias s'intéressent de plus en plus à ce bandit, ennemi public n°1. Une unité " Anti-Mesrine " est même créée à Paris. Le 10 septembre, Mesrine tend un guet-apens à Jacques Tillier, journaliste auteurs d' «articles mensongers» selon lui et le blesse par balles. Fin octobre, l'appartement parisien de Mesrine est localisé. Mireille Balestrazzi, une détective de la police parisienne, dirigera la chasse à l'homme...à l'issue de laquelle Jacques Mesrine sera éliminé. Le 2 novembre, Jacques Mesrine est abattu dans sa puissante BMW, à la Porte de Clignancourt: la brigade anti-gang le mitraille de 21 balles. 18 l'atteignent, principalement au torse. Pour s'assurer que Mesrine est bel et bien mort, un des agents alla même lui tirer une balle dans la tête. Sa conjointe, assise côté passager, est ainsi blessée au bras et à la tête.
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#Posté le dimanche 23 novembre 2008 14:58

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ACAPULCO
Anghjulu,Nico,Ange,P.Moracchini
Hahahaha mitik cette photo
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#Posté le vendredi 19 septembre 2008 19:14

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Ange&Anghjulu
Sorti dL'acapulco
Chocs&Pare-Chocs
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#Posté le vendredi 19 septembre 2008 19:07

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